Vélo Club Montheysan – Les débuts

L’aube du vingtième siècle s’inscrit sur le plan international dans une époque de calme politique relatif et elle coïncide, en Valais, avec le net départ de l’industrialisation. Monthey apparaît dans ce domaine comme une cité d’avant-garde. Après les échecs d’une raffinerie de sucre et d’une fabrique de pendules, elle possède une verrerie occupant quelque trois cents ouvriers. La manufacture de tabac et l’industrie chimique sont florissantes : elles encadrent toute une pépinière d’officines et d’ateliers à caractère local qui confèrent à la cité une animation commerciale. Vers 1905, Monthey, où l’eau potable et l’électricité desservent les habitations depuis plus de cinq ans, compte une population d’environ trois mille cinq cents âmes. Le mouvement industriel attire dans l’agglomération Montheysanne une « faune » variée, et ce substrat a toujours favorisé l’éclosion des sociétés locales.
L’engouement pour le nouveau moyen de locomotion que constitue la bicyclette est indéniable : l’homme peut se déplacer en équilibre sur deux roues, seul, bien plus vite qu’en marchant. Certes l’infrastructure routière ressemble davantage aux derniers chemins vicinaux de la plaine du Rhône actuelle. Mais peu à peu, cette machine change la vie des gens : sa pratique devient un jeu, collectif parfois, élégant souvent, puis un sport de compétition. Du 1er au 19 juillet 1903, les coureurs du premier Tour de France arpentent l’Hexagone sur des machines de forme semblable aux nôtres ; le voyage est homérique, mais le sport cycliste se popularise.
A Monthey, ville réputée pour son ouverture aux idées nouvelles, les quelques fervents vélocipédistes ressentent le besoin de s’unir. Ils tiennent leur première assemblée le 2 mai 1905 à l’HôteI des Postes et élisent un comité de cinq membres dont Joseph Chappex est président, Léon Roy vice-président, Emile Studely secrétaire, Baptiste Tamini caissier, Pierre Ambrosi adjoint.
Les membres fondateurs – 1905 Puis les événements se précipitent : le 8 mai a déjà lieu la deuxième assemblée. Le comité soumet aux participants un magnifique projet de statuts en vingt-trois articles et l’on décide que la jeune société s’appellera Vélo-Club Montheysan. Un des premiers soucis qui tourmente les dirigeants de 1905 est de fournir au club des structures administratives bien nettes.
Les statuts sont acceptés, on ajoute au comité Jean Gillioz et Emile Martin, vérificateurs des comptes. On décide de créer un insigne que chaque membre se procurera pour le prix de 2 francs, on imprime des cartes de convocations aux assemblées et achète deux timbres-caoutchouc pour viser les pièces officielles. En juin l’Union Cycliste Suisse propose au vélo-club Montheysan son affiliation, mais l’Assemblée décrète qu’elle le fera à partir de 1906. Motif : la cotisation n’est pas fractionnable. Puisque l’argent est le nerf de la guerre, il faut plus songer à le gagner qu’à le gaspiller : à l’unanimité, l’Assemblée se propose d’organiser le 16 décembre 1905 un loto qui produira un bénéfice de 68.80 francs. Cette recette sert à payer une partie de la facture du fanion officiel commandé à la maison Fraefel à Saint-Gall pour le prix de 120 francs.
Mais les préoccupations administratives soutiennent une intense activité vélocipédique et les pédaleurs montheysans parcourent inlassablement la plaine chablaisienne. A l’occasion de leur première sortie sous les couleurs du VCM, le 21 mai 1905, ils choisissent Vevey pour but. La deuxième course les conduit à Thonon, puis le rythme est pris. On parle d’un championnat se déroulant sur le parcours Monthey-Vernayaz et retour, de sorties à Sion, à Genève, à Thonon encore, mais cette fois par la vallée d’Abondance. Le VCM répond à des invitations de sociétés analogues à Vevey, Brigue et Montreux pour participer à des compétitions.
Puis tout s’arrête. Le club qui connaît encore une belle activité cyclotouriste durant l’été 1906 s’essouffle. Le protocole se conclut par une décision, de quelques membres présents seulement, d’organiser l’habituel loto hivernal. Bien que les espèces sonnantes et trébuchantes se fassent rares, l’assemblée accepte de verser une part de l’éventuelle recette à l’Hospice-lnfirmerie du district. Les causes de ce brutal arrêt d’activité demeurent nébuleuses. Le Vélo-club Montheysan compte en 1906 environ trente-cinq membres dont cinq à sept assistent régulièrement aux assemblées. Les dirigeants se lassent d’un tel manque d’intérêt et la situation ne trouve aucune issue immédiate.
Les membres fondateurs du Vélo-Club Montheysan – 1905 : Joseph Chappex, Ernest Borgeaud, Baptiste Tamini, Marcel Beguelin, Pierre Ambrosi, Alfred Richard, Emile Stuedeli, Louis Barlatey, Léon Roy, Fidèle Allegra, Henri Fournier, Jacques Lometti, Georges Moret, Hector Guido, François Ortelli, Jacques Hauswirth, Théophile Ortelli, Emile Martin, Auguste Losenegger, Albert Stuedeli, Jean Gillioz, Joseph Martenet, Pierre Loreya, François Gattoni, Emile Olgiati, Etienne Multone, Edouard Vannay, Antoine Chappex.
VCM – 2ème fondation
Mais à Monthey, le virus du cyclisme n’est pas mort. Des pédaleurs dans l’âme, estimant que la pratique de la bicyclette reste une joie à partager, remettent l’ouvrage sur le métier. Il importe peu à ces pionniers de la deuxième heure, de savoir où sommeille le Vélo-Club d’avant la Grande-Guerre. Par voie de presse, les plus fervents invitent les intéressés à une réunion constitutive le 20 janvier 1921 au Buffet M.C.M. Cinq personnes répondent à l’appel et c’est ainsi que s’instaure un comité provisoire où apparaissent les noms suivants : président : Eugène Burdevet, vice-président : Jean Orlando, caissier : Joseph Gross, secrétaire : Benjamin Jardinier, adjoint : Raphaël Nickeli. Très démocratiquement ce comité renouvelle son invitation pour une assemblée qu’il espère élargie et le 4 février le comité initial – on nomme Eugène Martin en remplacement de Raphaël Nickeli – voit son mandat plébiscité par les vingt et une personnes présentes. La machine fonctionne à nouveau, les structures administratives – statuts, affiliation à l’UCS, création d’insignes – remises en place.
Les artisans de la reprise – 1921 Eugène Burdevet, Emile Diaque, Jean Orlando, Camille Lugon, Joseph Gross, Antoine Gallo, Benjamin Jardinier, Marcel Zibach, Raphaël Nickeli, Henri Burdevet, Conrad Dulli, Henri Chappex, Ernest Gallay, Tony Coppex, Eugène Martin, Charles Coppex, Jean Ondario, Henri Coppex, Théophile Methiaz, Emile Zumoffen, Joseph Ramel, Jean Natali, Joseph Giovanola, André Querrio, Isaac Pellet, Clovis Meynet, Henri Carnassali, Michelange Casanova, Auguste Gilgen, Francis Moret, Victor Egli, Jacques Rastello, Fernand Monnay, Charles Kaufmann, Henri Hauswirth.
A une époque où le vent du modernisme souffle sur une région dont la classe moyenne est encore très faible, les sociétés apportent, pour peu de frais, un divertissement fort appréciable à leurs actifs. Le rôle social qu’elles jouent par l’entremise du groupe – dans le cas du Vélo-Club collecte pour aider les coureurs à participer aux courses – constitue un appoint heureux à la conception naissante des loisirs. La première sortie officielle et la randonnée annuelle qu’organise le club après sa deuxième fondation le prouvent aisément. Le 12 juin 1921, les cyclistes montheysans s’en vont découvrir le Chablais par Vouvry, Villeneuve et Aigle. L’itinéraire semble banal mais l’ambiance qui se dégage de la promenade en groupe plaide en faveur de la société. Un mois plus tard, le Vélo-Club Montheysan organise la sortie annuelle qui par le col du Pillon conduit les joyeux cyclistes dans l’Oberland, à Bulle, Châtel-Saint-Denis et Monthey. La lecture du récit écrit à cette occasion apporte une foule de renseignements sur l’ambiance qui règne alors dans la société. Le départ a lieu le samedi vers 21 heures, les musettes bourrées de provisions pour résister aux assauts de « Dame Fringale ». A une heure du matin, la joyeuse troupe atteint les Diablerets où elle passe la nuit dans une grange rapidement baptisée « Hôtel des Quatre-Courants ». Mais le réveil est encore plus coloré et la citation s’impose.
A 4 heures le cri : « Debout » fait ouvrir les lucarnes de nos touristes et un peu d’eau réveille la mémoire pendant qu’une giclée de kirsch réchauffe la ventrailIe » (Protocole du Vélo-Club Montheysan 1921-1930).
Après le col, la descente vers Gstaad procure aux pédaleurs montheysans un émerveillement que le narrateur traduit avec émotion. La route jusqu’à Monthey réserve encore une série d’aventures, et la fatigue ne semble avoir d’égales que la camaraderie et la bonne humeur.
Ces sorties se répètent chaque année, parfois les buts diffèrent mais l’entrain demeure identique.
Le 3 septembre 1922, le Vélo-Club Montheysan, présidé depuis le printemps par Joseph Gross, se rend à Lausanne pour participer aux festivités du 25e anniversaire de l’Union Cycliste Suisse. Les Montheysans, coiffés du foulard rouge du Val d’Illiez traversent la ville sous les applaudissements des spectateurs et remportent la deuxième place du concours du nombre de participants.
Parallèlement, l’activité administrative se poursuit : à l’assemblée générale de mars 1922, une commission sportive est créée. Présidée par Eugène Burdevet, cette section a pour but d’épauler le comité dans l’organisation du championnat interne notamment. L’Assemblée accepte de collaborer avec le Football-Club pour la création d’un mensuel, « Le Sport”, organe officiel des deux sociétés. En décembre de la même année, pour à la fois divertir ses membres et renflouer sa caisse, le club instaure le Bal-Tombola à l’Hôtel des Postes. La société apparaît maintenant rodée : elle a organisé plusieurs courses régionales pour amateurs et débutants, souvent elle est invitée à défendre ses couleurs dans le canton ou à l’extérieur, à Genève et même au Tessin. Bien que durant l’année 1923 le président Joseph Gross se plaigne d’un certain absentéisme aux assemblées, le Vélo-Club envisage l’achat d’un home-trainer et organise le premier championnat valaisan sur le parcours Monthey – Saint-Gingolph – Martigny – Monthey. Cet effort est récompensé par la victoire du coureur local Antoine Lattion dans le temps de 3h04’30 ».
En 1925, il existe à Monthey un autre club cycliste, le Cyclophile des Alpes. Les deux sociétés, par l’intermédiaire de leur président Antoine Lattion pour le Vélo-Club et François Richard pour le Cyclophile, prennent contact en vue de fusionner. La majeure partie des divergences est aplanie, hormis deux points capitaux, le nom de la future société et l’affiliation des membres à l’une des deux fédérations nationales, le Vélo-Club étant rattaché à l’Union Cycliste Suisse (UCS) et le Cyclophile au Schweizerischer Raadfahrer Bund (SRB). Pour la raison sociale, on propose tour à tour Pédale Montheysanne, Vélo-Club des Alpes, mais en définitive on décide de conserver Vélo-Club Montheysan et le fanion du Cyclophile sera maintenu avec la mention des deux patronymes. Quant à l’affiliation, les membres seront inscrits aux deux organes fédératifs. La fusion, prévue pour la fin de l’année 1925 échoue malgré de nombreuses tractations ; les membres du Cyclophile qui dans un premier temps avaient donné les pleins pouvoirs à leur président se rétractèrent au dernier moment.
Cette fusion manquée devait être ratifiée lors de la fête organisée par le Vélo-Club le 19 décembre 1925 pour commémorer le 20e anniversaire de la société. Ce détail prouve que, assez tôt après la deuxième fondation du Vélo-Club, l’existence de la société initiale était connue. Un fait précis survenu quelques années auparavant incline à penser dans le même sens. Le 10 avril 1922, Joseph Piralla demande son admission au Vélo-Club ; après les délibérations habituelles, l’Assemblée le dispense de la finance d’entrée car ce dernier faisait partie de l’ancien club. Enfin, le point déterminant dans le lien entre 1906 et 1921 reste le nom de la société. Lors de la relance de 1921, les instigateurs ne semblent s’être, à l’instar de leurs prédécesseurs, jamais heurtés au problème du nom de la société. Dans les pourparlers avec le Cyclophile des Alpes, alors que la raison sociale était une pomme de discorde, les hommes du Vélo-Club Montheysan refusent farouchement de renier l’appellation de 1905. Par cette détermination, ils deviennent les héritiers directs de la première société cycliste montheysanne. Lors du banquet au Café-Restaurant du Midi, les membres de 1905 encore en vie sont élus membres honoraires en tant que « promoteurs du sport vélocipédique en notre ville ». A en juger le chroniqueur, la soirée se passe dans une ambiance imprenable ; les plus habiles se produisent dans des chansons, monologues ou autres saynètes, tandis que d’autres se livrent à des exercices d’équilibre ou d’acrobatie. L’évocation des souvenirs ne manque pas plus que l’esprit farceur des Montheysans : au moment du dessert un somptueux plateau de pâtisseries les plus variées arrive sur la table. Les gourmands y laissent leurs dents car, hormis l’enveloppe de crème et de sucre-glace, les friandises sont de bois ! Mais tous les convives applaudissent la ruse du pâtissier Pellet qui vient de servir un succulent vacherin. Bonne humeur et gaudriole accompagnent toujours les soirées annuelles, élément important dans la vie de la société. Ces réunions se terminent souvent à une heure fort avancée de la nuit, elles se prolongent parfois jusqu’à l’aube sans autre souci que celui de rire ou de s’amuser.
VCM – Courses
Si le championnat interne composé de plusieurs manches existe depuis 1921, la société commence véritablement à jouer la carte des courses ouvertes à partir de 1926. Le fameux circuit de la plaine du Rhône qui conduit les coureurs de Monthey à Collombey, Saint-Triphon, Bex, Massongex et retour à Monthey sert pendant longtemps de terrain de prédilection aux épreuves organisées par le Vélo-Club. C’est sur cette boucle notamment que se développe le championnat valaisan – dont le Vélo-Club Montheysan en est l’authentique promoteur. Les dirigeants locaux se battent pour que cette course prenne son essor et c’est ainsi que de 1923 à 1933 ce championnat se dispute à sept reprises à Monthey. Chaque fois lors de ces courses, les cyclistes empruntent le circuit et ce parcours ne tarde pas à devenir une classique. Le nombre de tours varie suivant les années ou en fonction des catégories. Bientôt, l’organisateur, pour augmenter la difficulté, ajoute la montée d’Ollon lors des deux dernières boucles.
Lors de la course cantonale du 26 septembre 1926, plus de six cents personnes assistent à l’emballage final sur la place Centrale. Félix Guido se classe septième, tandis que Hippolyte Diaque, victime d’une chute peu avant l’arrivée, termine à pied la clavicule brisée. Les années se suivent et souvent se ressemblent. Pour l’édition de 1927 du championnat valaisan, la Commune de Monthey verse un subside de 100 francs. Cette manne réjouit le caissier d’autant plus que les temps sont difficiles : l’industrie traverse un début de crise, alors que le commerce local marque un net ralentissement. Mais ce championnat s’annonce sous des auspices favorables. Comme les véhicules automobiles sont rares, le Dr Georges Contat met à la disposition du Comité sa conduite intérieure pour suivre la course qui s’élance sur le circuit traditionnel. A la faveur d’une prime de passage, Antoine Lattion s’échappe et roule en solitaire. Tout le monde pense à la victoire, mais dans la dernière boucle, le président du Vélo-Club victime d’une défaillance est rejoint et il doit se contenter d’une seconde place. A l’issue de ce championnat et sur l’initiative de la Pédale Sédunoise, le vainqueur endosse pour la première fois un maillot cantonal, blanc avec des parements rouges en bordure des manches et un écusson valaisan sur la poitrine. Puis, sous la présidence de René Seeholzer, les dirigeants montheysans constamment à l’affût d’idées nouvelles, décident de demander l’appui d’une marque de cycles pour financer une épreuve. Ces démarches aboutissent en 1928 à l’organisation du Grand Prix Gurtner et en 1929 du Prix Alpa. L’année 1928 voit René Seeholzer obtenir le titre de champion valaisan et une cinquième place au Prix Gurtner.
Quant au ménage interne, il se poursuit avec ses inévitables problèmes : la position financière est saine, mais les cotisations trouvent péniblement le chemin de la trésorerie et le secrétaire Joseph Gross déplore un absentéisme trop élevé aux assemblées. Mais le comité regarde vers l’avenir, il pense aux coureurs et dans le but de leur faciliter l’entraînement pendant la mauvaise saison, le club achète un home-trainer. Cet engin, très prisé à l’époque, coûte 90 francs ; on loue à Antoine Lattion un local pour le prix annuel de 20 francs et les membres qui veulent profiter de l’appareil doivent vendre un minimum de cinq cartes de sympathisant.
En 1930, l’Assemblée prend une option intéressante sur le plan social. Elle vote la création d’une caisse de secours pouvant aider un membre dans l’embarras. Par la suite, il arrive que la valeur des prix du championnat interne alimente ce compte pour tenter de l’étoffer quelque peu. Dans le même sens, l’Assemblée décide que les jeunes de moins de dix-huit ans ne paieront plus de finance d’entrée et verront leurs cotisations réduites de moitié. Enfin le souper annuel de 1931 fête le dixième anniversaire de la reprise de l’activité de 1921. A ce propos le protocole ne parle plus de fondation, mais plutôt d’une remise en marche, et c’est cela que l’imposante tourte flanquée de dix bougies sanctionne lors du dessert !
VCM – L’avènement du Critérium

Alors qu’en Europe montent les dictatures et que, à travers un durcissement économique et politique, le monde se prépare à la catastrophe de 1939, le Vélo-Club Montheysan connaît un redoublement d’activité. L’année 1934, en dehors d’occupations routinières, est marquée par deux événements intéressants.
La fusion avec le Cyclophile des Alpes qui traîne depuis dix ans peut enfin se concrétiser. Le dynamisme d’Emile Gattoni réussit à convaincre les dirigeants de la société moribonde pour trouver un accord. Les pourparlers se font au Buffet du Tram et le contrat de fusion est signé. Les points de détails sont réglés un à un jusqu’à ce que l’entente soit parfaite. A l’issue de cette réunion, le Vélo-Club Montheysan absorbe totalement le Cyclophile des Alpes dont seul le solde en caisse reste la propriété des anciens membres.
La seconde curiosité dans la vie de la société à cette époque, est sans conteste la création d’un groupe féminin. Sans pouvoir s’appuyer sur des documents antérieurs, il semble que quelques élégantes pédaleuses se soient intéressées à la pratique du cyclotourisme dans le cadre du Vélo-Club. Après avoir pris contact avec le comité, les dames sont reçues par celui-ci au local afin de discuter les conditions d’une éventuelle appartenance à la société. Le comité expose avec force détails les buts du club et répond aux questions de ces dames. Cet échange de vues qui dure près de deux heures, débouche sur la signature d’une résolution de la part de la gent féminine. Le texte de cet acte décrète en quelques lignes que les dames trouvent le Vélo-Club à leur convenance et qu’elles décident d’en faire partie. Elles s’engagent à se conformer aux statuts et sont considérées comme fondatrices ; on y retrouve les noms de neuf signataires, à savoir Jeanne Raboud, Blanche Ducrettet, Ida Arlettaz, Lisette Genin, Marie Arlettaz, Gabrielle Maxit, Clairette Rouiller, Raymonde Tachet, Alice Bussien.
La section féminine dispose de son propre championnat interne de cyclotourisme et avant de disparaître dans les méandres de l’histoire, elle connaît durant quelques années une sympathique activité. Les ultimes années d’avant-guerre coïncident avec la création du Critérium. Cette manifestation a fait la renommée du Vélo-Club Montheysan et le président Emile Gattoni qui cherchait une direction nouvelle, voit juste en développant cette épreuve. Le cyclisme, pense-t-il, arrive difficilement à fournir un spectacle attrayant. Au contraire d’un match de football où le spectateur peut suivre l’évolution de la partie, celui qui regarde passer une course reste sur sa faim. En plus, à une époque où l’argent se fait rare, il est difficile de percevoir une finance d’entrée pour une seule arrivée de course. Le Critérium tel qu’il est conçu offre les deux avantages escomptés : spectacle de longue durée et possibilité d’encaissement financier. Le premier Critérium a lieu le 30 juin 1935 ; c’est un événement attendu avec impatience, minutieusement préparé afin d’en garantir une pleine réussite. Le service de sécurité fait l’objet d’une attention particulière ; on veut éviter l’accroc et toucher au but du premier coup. Le circuit est quadrillé par des commissaires qui perçoivent la finance d’entrée oscillant entre Fr. 0.50 et 1.50 suivant l’endroit où l’on se place. Le succès sportif de la course est complet, la lecture des journaux de l’époque confirme le côté spectaculaire du Critérium remporté par le Genevois Heimberg. Quant au Montheysan Robert Piralla, il termine dixième et premier Valaisan. Après la course, un grand banquet est donné à l’HôteI du Cerf pour fêter le trentième anniversaire du Vélo-Club Montheysan. Diverses personnalités du cyclisme romand et helvétique prennent la parole pour congratuler la société jubilaire alors que l’orchestre Radrizzani entame les premières mesures du bal. LeCritérium devient pendant longtemps l’organisation type du Vélo-Club et le circuit de l’lndustrie, tel un immense vélodrome, attire lors des grands jours plus de quatre mille personnes. L’histoire du Vélo-Club Montheysan compte dix-huit Critérium, le dernier datant de 1973. Il est un chant du cygne si l’on se souvient de la qualité du spectacle offert par Xavier Kurmann et Gilbert Bischoff à la centaine d’inconditionnels disséminés autour de l’anneau !
A l’approche de la guerre, le Vélo-Club manifeste une belle santé un instant troublée par des dissensions économiques entre marchands de cycles. Les retombées de la politique internationale semblent également alimenter une certaine animosité entre membres aux idées opposées, mais les choses s’arrêtent là. En 1939, sous la présidence de Jean Querio, le Vélo-Club participe au Carnaval. La famille Bécane grimée et peinturlurée traverse la ville en faisant une jolie cure de bonne humeur. Mais lorsque le conflit éclate, bon nombre de membres partent sous les drapeaux et l’activité ralentit. Pourtant la société s’adapte aux nouvelles contingences, ceux qui restent remplacent les soldats au pied levé et les dirigeants n’oublient pas leurs camarades mobilisés : l’Assemblée décide d’envoyer à chacun un paquet contenant une bouteille et des cigarettes.
VCM – Après guerre
Lorsque les armes se calment, la vie cycliste, un instant ralentie, prend un second souffle. Le Vélo-Club Montheysan sous l’impulsion de son président Wilhelm Schütz accueille en 1945 le Cyclo-Ball Dornach. Cette exhibition à la salle de la Gare, pour curieuse qu’elle soit, ne semble pas avoir fait d’adepte au sein de la société ; le cycliste montheysan serait-il un puriste ? Le premier rendez-vous sortant de l’ordinaire pour le Vélo-Club est le passage du Tour de France à Monthey et l’organisation du ravitaillement le 21juillet 1949. Il s’agit là d’un grand moment pour la société et les hommes du président Gustave Burnier s’acquittent très bien de leur tâche. Venant de Saint-Vincent en vallée d’Aoste par le Grand-Saint-Bernard et se dirigeant vers Lausanne par le Col des Mosses et Bulle, le peloton comprend tous les grands de l’époque: Coppi, maillot jaune,Bartali, Kubler, Weilenmann, Brambilla, Ockers, Robic, Bobet etc. L’Italien Rossello gagne l’étape à Lausanne, Kubler victime d’une indigestion abandonne et Coppi remporte la Grande Boucle de 1949. Le Vélo-Club aidé par les Éclaireurs est chargé de distribuer aux concurrents un impressionnant pique-nique, soit 15 poulets, 60 litres de bière, 110 bananes, 180 pêches, 110 tartelettes, 50 petits pains, 30 citrons…L’ambiance au passage de la caravane est extraordinaire et ce premier contact avec les « Géants de la Route » apporte un aspect nouveau et inconnu du cyclisme de compétition. Les 17 et 18 juin 1952, c’est au Tour de Suisse de toucher Monthey. Cette fois la caravane s’arrête, puisque les organisateurs montheysans mettent sur pied l’arrivée de l’étape partant d’Adelboden et le départ contre la montre en direction de Crans. Koblet et Kubler, les deux « K » du cyclisme helvétique, sont de la partie et soulèvent l’ovation du public. Sous un orage de fin du monde, le Luxembourgeois Goldschmitt gagne l’étape et endosse le maillot jaune. Le lendemain, les écluses célestes ne semblent guère se calmer et c’est sous la pluie que sont donnés à l’avenue de l’Industrie les départs du contre-la-montre. Fornara gagne l’étape de Crans et remporte le Tour au grand désespoir de Kubler.
En 1955, sous la présidence de Maurice Chappex, le Vélo-Club Montheysan fête son cinquantenaire. La société se propose de recevoir le Tour de Romandie pour marquer ce demi-siècle et une importante organisation est mise en branle. La course part de Monthey le jeudi 5 mai et après un périple de quatre jours sur les routes romandes elle revient au bord de la Vièze pour lancer son ultime sprint. Toute la ville sportive se braque sur ce Tour qui fait de Monthey sa pierre angulaire. Le départ se donne à l’avenue de l’Industrie, et si le public peut une nouvelle fois admirer le pédaleur de charme Hugo Koblet, il réserve ses encouragements à José Jordan, le coureur local qui fait partie de l’équipe Juvella et qui se trempe pour la première fois dans le peloton des grands Kubler, Schaer, Clérici, Maléjac et Fornara. Le dimanche, une foule immense attend l’arrivée de la course à la Place d’Arme. Pour faire patienter les spectateurs, on organise une épreuve de vitesse interville : en finale, André Galletti est battu sur le fil par le Sierrois Salamin. Le jeune Rolf Graf quant à lui s’adjuge l’étape, tandis que Strehler s’impose à Koblet au classement général final.
Sur le plan sportif les coureurs montheysans traversent une période bénie des dieux. A côté de José Jordan, coureur de classe élevée, champion valaisan à plusieurs reprises, vainqueur de Sierre-Montana, qui poursuit sa carrière chez les professionnels, les Charly Barlatey, Maurice Gavillet, Edouard Bressoud, Raymond Puippe font briller le maillot du club dans la catégorie Elite et récoltent de nombreuses victoires et places d’honneur. Souvent l’un d’entre eux ramène le titre de champion valaisan à Monthey. Les Bocherens, Breu, André Galletti, Willy Roserens se distinguent à leur tour et les années cinquante lèguent une précieuse collection de souvenirs à l’histoire du Vélo-Club Montheysan.
VCM – Les années 70

L’avènement d’André Galletti à la présidence en 1967 conduit le club dans une période faste. Le sport cycliste vit à nouveau un engouement incontestable et favorise l’essor de la société. En multipliant les organisations sportives dans la région, les dirigeants montheysans poursuivent plusieurs buts, dont l’optique fondamentale demeure l’éducation sportive et physique de la jeunesse et créent la première école de cyclisme. Cette école accueille dès l’âge de treize ans le sportif qui manifeste son intérêt pour le vélo. Très peu axée sur la compétition, elle épargne au jeune cycliste les erreurs du début et l’aide à acquérir les rudiments du métier.
L’adolescent qui poursuit la pratique du vélo découvre l’occasion de faire ses premières armes chez les Cadets. Le Vélo-Club Montheysan a toujours porté une attention particulière à cette catégorie où le jeune âge des coureurs demande qu’ils soient minutieusement suivis et, pour donner à ces jeunes sportifs l’occasion de s’essayer véritablement sur les routes de la région, le Vélo-Club Montheysan organise régulièrement des compétitions pour Cadets : La traditionnelle manche de l’Omnium Semaine Sportive et le Circuit du Rhône drainent à Monthey les meilleurs Cadets de Romandie et de Suisse.
L’équipe Cadets 1965-1966 qui remporte la victoire à l’Omnium Semaine Sportive les deux années consécutives. Philippe Pousaz,capitaine de la formation s’adjuge une première place à la finale romande des Cadets de Colombier et au Prix Dénéréaz, la même année, en 1965, il est sacré champion valaisan. En 1966, il récidive dans la course au maillot cantonal, alors que Jean-Claude Berner obtient le titre chez les Juniors. Dans la foulée, Raphy Moulin remporte la course de côte Sion – Les Mayens de la Zour. Il faut attendre dix ans pour que la victoire par équipe à l’Omnium Semaine Sportive revienne à Monthey : en 1976, une formation Cadets très homogène emmenée par Bernard Gavillet procure au Vélo-Club Montheysan cet honneur largement mérité. Bernard Gavillet récolte très rapidement les accessits et les victoires. Ce jeune coureur de classe supérieure remporte entre autres l’Omnium Semaine Sportive, signant un record dans l’étape contre la montre Monthey – Choëx, et le Circuit du Rhône.
Chez les Juniors, Bernard Gavillet multiplie victoires et places d’honneur ; un de ses exploits les plus marquants reste sans doute une première place au Tour du Haut-Lac de 1977. En outre, Bernard Gavillet obtient à plusieurs reprises le titre de champion valaisan. Enfin, il ne faut pas oublier des noms tels que celui d’Olivier Marion, pistard habile qui ne dédaigne pas moins la victoire sur la route, de David Pochon, vainqueur du Premier Pas Cadet en 1977, de Gilles Lonatti, champion valaisan Cadet en 1978.
Mais si pour chaque cycliste, la victoire n’est pas toujours au rendez-vous, la bagarre anonyme dans les pelotons honore grandement le maillot montheysan.
L’organisation phare du Vélo-Club Montheysan durant les années ’70 demeure le Tour du Haut-Lac. Lorsque Maurice Galletti, secondé par son frère André, lance cette épreuve en 1967, il fait œuvre de pionnier : jamais encore jusqu’à ce jour ne s’est déroulée en Suisse une course par étapes pour Juniors. Cette organisation, qui fêtait en 1979 son treizième anniversaire, a conduit le peloton des Juniors sur toutes les routes du Chablais, et quelquefois même jusqu’au cœur du Valais, à Sierre notamment en 1976 et 1977. En offrant aux juniors de toute la Suisse et de l’étranger une course par étapes, le Vélo-Club Montheysan marque un grand coup.
Il fournit à des garçons de 17-19 ans l’ambiance des grandes compétitions par étapes avec un classement au temps et divers classements spéciaux (par équipes, Grand Prix de la Montagne, etc.). Durant deux à trois jours suivant les années, le jeune cycliste affronte toutes les situations qu’il est en droit d’attendre : parcours rectilignes avec lutte contre le vent, enfilades acrobatiques et nerveuses, arrivées en côte, course contre la montre individuelle, tronçons franchement montagneux. La qualité sportive de cette épreuve n’est plus à démontrer : à chaque reprise elle consacre un vainqueur de très bon niveau qui s’en va dans les rangs des Amateurs Elites confirmer sa performance.
Avec la disparition du critérium, la catégorie Amateur fait un peu figure de parent pauvre dans les organisations du Vélo-Club Montheysan. La dernière épreuve mise sur pied pour les Amateurs date de 1972 : une course de côte Monthey – Les Crosets. Les compétitions destinées aux Amateurs fourmillent au calendrier national et cette catégorie regroupe une légion d’adeptes. C’est la période critique pour le cycliste, dirigeants et sociétaires du Vélo-Club le savent bien. Les courses sont dures, le jeune homme atteint l’heure des choix et des décisions. Ces facteurs, alliés aux dispositions naturelles du sportif, divisent le peloton des Amateurs : d’un côté, ceux, restreints, qui envisagent une véritable carrière cycliste, de l’autre, les véritables amateurs qui poursuivent pour le plaisir. Pourtant, par la création d’un championnat interne attrayant et varié, le Vélo-Club Montheysan tente de répondre à la question que pose le problème des amateurs.
Il est évident que le niveau d’une course ouverte ne peut être atteint, il suffit de penser à la participation, mais cette formule possède l’avantage de maintenir l’amateur hésitant en contact avec le cyclisme de compétition. Si celui-ci ne désire pas affronter les courses que lui réserve le calendrier national, il reste un actif au plein sens du terme. Cette période de transition n’exclut pas un éventuel retour à des épreuves plus difficiles.
Au fil des années, le championnat interne subit un élargissement vers le bas, puisqu’il offre des compétitions pour tous les âges. Les cyclistes semblent accueillir positivement cette démocratisation de leur sport qui, par ce biais, n’est plus l’apanage des pédaleurs forcenés. La société atteint par-là un but précis : promouvoir le sport cycliste non plus dans une direction essentiellement élitaire, mais le mettre à la portée de tous en rendant sa pratique captivante et sûre. Chaque nouvelle saison voit désormais le peloton des Populaires ou celui des Vétérans se livrer à de rudes empoignades qui n’ont d’égales que les discussions autour d’une bière, l’épreuve terminée.
Cette période de grande activité se parachève par le jubilé du septant-cinqième anniversaire du Vélo-Club Montheysan en 1980. De multiples organisations réparties sur l’année soulignent ce jubilé. La société, comme lors de son cinquantenaire, accueille le Tour de Romandie. L’étape de Monthey se répartie sur deux demi-étapes. Le matin a lieu une demi-étape en ligne dont le départ est donné sur le parking du Cotterg. Les coureurs avaient terminé la veille à l’Alpe des Chaux où S. Contini s’imposait. Après un parcours de 118 km sillonnant la région, R. Claes passe le premier la ligne d’arrivée devant le café National. L’après-midi a lieu un contre-la-montre. Le départ se donne devant le centre commercial Placette. Les coureurs vont virer au sommet de la route de l’usine à carton de Vouvry pour revenir sur Monthey et passer la même ligne d’arrivée que lors de l’étape du matin. Le meilleur chrono est réalisé par K. Knudsen. Tout au long de la journée les spectateurs peuvent ainsi admirer et encourager les professionnels du moment pendant que le podium « de la bonne humeur » anime la place du Cotterg par des jeux accompagnés du traditionnel groupe musical d’Alain Morisod. Le soir est donné le bal du Tour. Après une chaude soirée amicale donnée au Market, le peloton s’élance dimanche matin à 11h00 pour la dernière étape de ce Tour 1980. J. Zootemelk s’impose à Fribourg et Bernard Hinault remporte son unique Tour de Romandie.
La plus grande partie de l’énergie de la société étant concentrée sur le Tour de Romandie, le club renonce pour la première fois depuis sa création en 1967 à l’organisation du Tour de Haut-Lac pour Juniors. Mais si le VCM fait honneur aux stars du cyclisme de l’époque, il n’en oublie pas moins les plus jeunes et met sur pied le 22 juin la Finale Romande des Cadets. Cette course importante pour les 13-15 ans voit la victoire du montheysan Marco Zanicheli et la troisième place de Jean-Luc Faganello. D’autres coureurs du VCM s’inscrivent également dans le haut des classements durant la saison. Martin Chaperon, pur grimpeur, gagne la course de côte St.-Maurice – Mex. Christian Posse, Cadet A, termine 14ème à Chally, 12ème à Yverdon, puis 4ème au Prix Luisier à Saillon.
VCM – Popularisation du Cyclisme

Le début des années 80 reste marqué par la disparition d’une figure importante de la vie du club, Bernard Galletti, président de la commission technique depuis de nombreuses années et pilier central autour duquel fonctionne le championnat interne. Le Vélo-Club ne pouvait lui rendre meilleur hommage que par la mise sur pied d’une épreuve destinée à la catégorie pour laquelle il avait le plus d’affection : les Cadets. Ainsi durant plusieurs années le Mémorial Galletti permet à ces jeunes licenciés de se mesurer. Le Vélo-Club perpétue ainsi l’esprit paternel que Bernard Galletti portait sur cette jeunesse impétueuse qu’il savait encourager, modérer, ou encore réconforter dans les échecs.
Le championnat valaisan sourit régulièrement aux montheysans. Celui de 1980, disputé à St.-Maurice, voit 3 coureurs montheysans endosser le maillot rouge et blanc. Jean-Luc Faganello s’impose chez les Cadets B. Christian Posse, après une lutte impitoyable contre Franchescini, remporte la victoire chez les Cadets A et Raymond Meynet est sacré champion valaisan chez les Seniors. Le Junior Dominique Barlatey a vu, lui, toutes ses chances de victoire s’effondrer à la suite d’une crevaison au sommet de « la Patissière » alors qu’il était seul en tête. L’année suivante Martin Chaperon troquera son maillot montheysan contre celui de champion valaisan Junior.
Au championnat valaisan de 1982 à Sierre, Martin Chaperon récidive encore mais dans la catégorie Amateur, Marco Zanichelli remporte le titre chez les Cadets et Christian Posse s’impose chez les Juniors. En 1983 ce sera au tour de Nicolas Coudray et Norbert Szabo d’endosser le maillot si convoité, le premier dans la catégorie Cadets et le second dans celle des Juniors. Nicolas Coudray, nouvel espoir du cyclisme montheysan fait preuve de réelles aptitudes. En 1984, il revêt à nouveau le maillot valaisan, chez les Juniors et frôle la victoire à maintes reprises. Et la chance et l’expérience finissent par lui donner raison et il obtient, en 1987, les fameux points qui lui permettent de courir au sein de la catégorie Elite. Le championnat valaisan sourit également à d’autres coureurs du Vélo-Club, Edgar Althaus enfile en 1984 le maillot de champion valaisan Cyclopsortif. Il gagne, cette année-là, également la course de côte Le Chables – Mauvoisin, le caractère pentu de l’épreuve lui convient tout à fait.
D’autres coureurs honoreront également les couleurs du Vélo-Club durant cette saison ; Christian Posse termine 3ème, meilleur romand et meilleur Junior, lors de la finale suisse du km à Zürich. Gérard Szabo remporte un critérium pour Junior à Vevey en 1983 et exhibe les couleurs montheysannes sur les vélodromes de Lausanne et Genève. Il y remporte cinq victoires durant la saison 1984 dont deux lors d’une fameuse soirée au « Vél d’hiv ». Après avoir gagné l’épreuve « Eliminatoire », il échoue en « Poursuite » alors qu’il était revenu jusqu’à la hauteur du pédalier de son concurrent. Le juge de course s’apprêtait à tirer le coup de pistolet mettant fin à l’épreuve mais s’était sans compter sur un adversaire qui ne se découragea pas et finit par refaire son retard et même gagner cette course poursuite.
Le Tour du Haut-lac ne sera pas reconduit en 1981. Cette année le Vélo-Club organise le championnat suisse Junior. Cette grande course nationale voit la consécration de Beat Schumacher, ce coureur de grande qualité deviendra également champion de monde la même année mais malheureusement sa carrière s’arrêtera peu après. Le VCM propose à nouveau aux Juniors le Tour du Haut-Lac en 1982. Sa forme est simplifiée et ne se court plus que sur deux demi-étapes, le même jour, puis devient une course en ligne traditionnelle dès 1983. Cependant le nombre de licenciés Juniors baisse alors la course s’ouvre aux Cadets en 1984/85 puis s’ajoutent les Féminines de 1986 à 1990, année de sa 22éme édition. Les Amateurs y font même une apparition en 1989.
Alors que les Juke-Boxes diffusent régulièrement Bob Marley et The Police, le Vélo-Club subit en son sein des tensions qui vont entraîner la formation à Monthey d’un second club, la Roue d’Or Montheysanne, en 1982, presque 50 ans après le Cyclophile des Alpes. Malgré cette séparation, le Vélo-Club continue sa politique de promotion du sport cycliste, par l’école de cyclisme et l’organisation de courses pour toutes catégories. Ses efforts sont récompensés et reçoit de l’Union Cycliste Suisse en 1983, le prix Louis Perfetta, récompensant le club le plus méritant affilié à l’UCS. Il fait honneur à ce trophée et organise en 1985 le prologue et le départ de la première étape du Tour de Romandie et met sur pied, en 1987, le championnat suisse Elite. En 1988, réputé pour ses organisations soignées, le VCM assure la partie technique d’une arrivée de demi-étape du TDR.
La vie au sein du club se poursuit. Les sorties familiales se transforment en véritables épopées où les nombreux participants se déguisent selon le thème annoncé par les organisateurs et sillonnent le chablais, quelques fois dans des accoutrements dignes des plus grands carnavals. Et justement, l’idée de participer au Carnaval de Monthey travaille dans les esprits des plus « foireurs ». Ainsi, 45 ans après « La Famille Bécane », une nouvelle équipe de joyeux lurons se préparent à défiler lors du cortège dont celui de 1984 se fait sur un tricycle qui faillit entrer dans le Guinness Book! Le championnat interne s’essouffle quelque peu. Le calendrier des courses nationales propose un choix grandissant de courses, donnant ainsi l’occasion de courir chaque week-end. Les courses internes, se déroulant souvent le samedi, sont délaissées au profit des courses nationales. On étudie alors d’autres formules et pour la première fois un championnat interne ouvert au niveau chablaisien est proposé en 1983. Mais cette proposition reste sans suite et le championnat interne, si discuté jadis, s’efface définitivement en 1985. La formule de ce type de compétition manque bientôt aux coureurs du VCM et le Vélo-Club rejoint en 1990 les autres clubs de la région au sein du Giron Chablais-Riviera.
Ces années de grandes organisations verront une popularisation du sport cycliste comme jamais auparavant il ne l’avait été et une nouvelle catégorie de pédaleurs voit le jour, les cyclosportifs. Leur nombre s’accroît rapidement, en même temps que l’envie de se mesurer les uns aux autres. Raymond Meynet s’en rend compte et propose au Vélo-Club d’organiser une épreuve destinée à ces nouveaux compétiteurs. Ainsi à lieu en septembre 1979 le 1er Prix Meynet, contre-la-montre individuel entre l’usine Satom et la Porte-du-Scex. Les onze kilomètres séparant la Satom de la Porte-du-Scex serviront de juge de paix pendant 18 années consécutives. Les plus belles années enregistrent jusqu’à 200 coureurs au départ de la Satom.
Puis peu à peu la digue du Rhône se déforme sous la poussée des racines des arbres la longeant, puis peu à peu les cyclosportifs, dont le niveau de performances va en augmentant, choisissent des terrains plus accidentés pour se comparer et la « course de la digue » disparaît au profit d’épreuves dignes des Tours de France et autres grandes courses réservées à l’élite mondiale du cyclisme. Les courses et brevets proposant 3 à 5 cols (ou même plus) successifs à gravir sont littéralement pris d’assaut par les cyclosportifs qui ressentent dans ces efforts, l’émotion de passer les mêmes cols que les professionnels, avec un dossard épinglé dans le dos. Certaines épreuves peuvent compter plus de cinq mille participants et, si elles restent nombreuses en France ou en Italie, elles se multiplient également en Suisse.
VCM – Les années 2000
La médiatisation des courses professionnelles et les résultats obtenus par les coureurs suisses encouragent non seulement les populaires mais également les jeunes gens qui remplissent les rangs des écoliers, cadets et juniors. Véritable réservoir de futures stars du cyclisme, ces catégories de jeunes pédaleurs sont la raison d’être des clubs cyclistes. Les coureurs montheysans, génération après génération, s’alignent régulièrement au départ d’épreuves et les maillots jaunes et verts continuent à se montrer au-devant des pelotons. Ainsi en 1989 Amaël Donnet glane à nouveau, 4 années après Nicolas Coudray en Junior, le maillot de champion valaisan dans la catégorie Cadets.
Nicolas Coudray, Amateur Elite, confirme son talent et participe à de nombreuses courses d’un jour et par étapes, allant même jusqu’en Martinique ou encore en Guyane, d’où il rapporte le maillot vert du classement par points en 1991. L’année suivante, il choisit de faire du cyclisme sa profession et participe à de nombreuses courses professionnelles à travers l’Europe. Amaël Donnet qui présente lui aussi de réelles aptitudes, termine à plusieurs reprises parmi les 10 premiers en catégorie Juniors.
En 1990, Amaël Donnet et Yves Clapasson, autre coureur méritant, se qualifient à la finale suisse du kilomètre sur la piste du Vél d’Hiv de Genève. Si ces deux coureurs se distinguent régulièrement, d’autres Yvan Margelich, Olivier Pochon ou encore Cédric Goret n’économisent pas leurs efforts en heures d’entraînements et de déplacements à des courses nationales.
Les frais engendrés par le contingent de coureurs exigent perpétuellement de renflouer les caisses du club. Les derniers lotos n’ont pas fait recette alors il a fallu trouver une d’autres sources de rentrée d’argent, ce sacré argent sans lequel il ne serait pas possible de former de nouveaux coureurs. Alors le Vélo-Club change son fusil d’épaule est ne propose plus ses filets garnis ou jambons, mais le verre de l’amitié et la raclette lors de la traditionnelle foire de fin d’année ou encore son fameux cocktail « coup de pédale » au « pédal’s bar » du carnaval. Ainsi une nouvelle équipe se lance dans cette aventure qu’est la participation au cortège de carnaval et la tenue d’un bar sous la cantine pendant cinq soirées. L’expérience ne sera reconduite que deux fois mais le souvenir restera dans la mémoire des participants.
Le VTT, qui a fait son apparition voici déjà quelques années, prend de plus en plus d’ampleur auprès de nouveaux adeptes de la petite reine. Le Vélo-Club ne fait pas exception à cette mode et comprend en son sein quelques mordus qui n’hésitent pas à troquer leur vélo de route contre une machine qui les emmènera dans les sentiers des montagnes nous entourant. Gaby Launaz fait office de pionnier au sein du club et participe à de nombreuses courses VTT dont certaines comme le Grand-Raid Verbier-Grimentz sont devenues des légendes. Il grimpe régulièrement sur le podium comme en 1995 où il termine entre autres 1er du Bike Trophy de Torgon, 2ème de Hérémence-Grimentz ou encore 3ème du Grand Prix de la Liberté à Fribourg. Les courses mettent souvent à rude épreuve le matériel et l’homme mais la bonne humeur et la camaraderie font la popularité de ce sport. Afin que ces vététistes, nouveaux adeptes du deux-roues, ne se retrouvent pas seuls dans la pratique de leur sport favori, le président du Vélo-Club, Dominique Lhermitte, met en place une section VTT qui rencontre très vite le succès auprès des jeunes et moins jeunes, filles ou garçons., Chaque samedi après-midi, un petit groupe, dont le nombre grandit semaine après semaine, se retrouve pour arpenter les chemins et sentier de notre région. En 1995 le Vélo-Club organise sa première épreuve VTT. Le parcours choisi emprunte les sentiers et petites routes de Muraz jusqu’à Massongex, en passant par Troistorrents. Ce premier essai comptera également comme championnat valaisan. La participation à ce coup d’essai motive le club à renouveler l’année suivante l’expérience qui, cette fois, ne remportera pas le succès attendu.
Soucieux de maintenir une ambiance familiale au sein du Vélo-Club, le comité propose une randonnée à travers la région. L’apéro offert par les « anciens » à Troistorrents, motivent les moins bons grimpeurs sur la montée par Chenarlier. Arrivés en plaine, les coureurs et leurs familles partagent le traditionnel repas de circonstance : gratin, rôti et coup de rouge. Cette sortie est également l’occasion d’exhiber les nouveaux maillots du Vélo-Club, imprimés à l’occasion de 90ème anniversaire. Les nostalgiques du maillot en laine en profitent pour sortir de la naphtaline leur tunique de jeunesse merveilleusement conservée…
Les contingents de coureurs font défaut un peu partout en Suisse Romande. Il devient dès lors difficile d’organiser des courses dont les charges financières augmentent tandis que la participation diminue. Les championnats cantonaux des différentes fédérations romandes ne font pas exception à cette règle. Alors à l’initiative du vélo-club St.-Maurice, la proposition de réunir les championnats des cantons romands est acceptée et c’est au Vélo-Club Montheysan que revient l’honneur, en 1994, d’organiser ce premier championnat inter-cantonal. Le VCM est doublement honoré puisque Jérôme Posse gagne la course et obtient le titre valaisan de la catégorie « cyclosportif ». Amaël Donnet, dont les aptitudes au cyclisme ont été maintes fois démontrées, est récompensé de ses efforts. Il obtient en 1996 les fameux points qui lui permettent de courir désormais avec l’Elite du cyclisme mondial. Ainsi il participe à de nombreuses courses à travers l’Europe, et même au sein de la sélection nationale lors de courses à étapes comme le Tour de Martinique. Il s’y illustre en 1998 notamment dans le classement à point et celui de la montagne puisqu’il termine 4ème de chacun des classements, derrière 3 redoutables cubains…
Yves Clapasson confirme lui aussi ses excellentes qualités de coureur et gagne en 1998 le championnat valaisan dans la difficile catégorie qu’est celle des amateurs. Si Yves Clapasson préfère désormais se consacrer à sa nouvelle petite famille et Amaël Donnet de délaisser l’austérité de la course sur route pour le fun du VTT et du free-ride, il ne faut pas oublier tous les autres forcenés du deux roues, dont la liste serait bien trop longue, qui se « tirent la bourre » dans les courses régionales ou qui tout simplement alignent des milliers de kilomètres chaque année.